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Orphan Black

Sortie : 30 March 2013

Ma note : 17/20

Ma critique :

Le 30 mars 2013, les téléspectateurs canadiens et américains ont fait la connaissance de Sarah Manning (Tatiana Maslany), une jeune femme rebelle et déboussolée en marge de la société. Alors qu’elle marche sur le quai d’une gare, Sarah se retrouve nez à nez avec son sosie, qui se donne la mort en se jetant sous un train. Pour fuir ses problèmes, Sarah décide alors de prendre l’identité de cette mystérieuse femme mais, si celle-ci s’est suicidée, c’est qu’il y a une raison…

Ainsi démarre la meilleure série canadienne qu’il m’ait été donné de voir. On connaissait le f word et le n word, « Orphan Black » nous fait découvrir le c word : clone, et même clones au pluriel parce que notre héroïne découvre rapidement l’existence d’autres copies conformes d’elle-même. L’intrigue s’appuie principalement sur quatre clones, véritables piliers de la série : Sarah, Alison, Helena et Cosima. Toutes sont incarnées par la talentueuse Tatiana Maslany, récompensée à juste titre par l’Emmy Award de la meilleure actrice dans une série dramatique en 2016. L’actrice canadienne est un véritable caméléon qui a su donner une profondeur et une singularité impressionnantes à chacun des clones qu’elle incarne. Même sans enfiler les différentes perruques et maquillages propres à chaque clone, sa transformation est saisissante, comme on peut le voir dans cette interview de groupe donnée au San Diego Comic Con de 2016 : https://www.youtube.com/watch?v=U2mEFzO4Icg. Adepte de l’improvisation depuis qu’elle est adolescente, Tatiana Maslany est tout simplement l’une des meilleures actrices de sa génération. Pour que les interactions entre les clones soient possibles à l’écran, l’équipe de la série a réalisé des prouesses, notamment grâce à la technique Technodolly et la performance millimétrée de la doublure Kathryn Alexandre.

« Orphan Black » est une oeuvre féministe et elle l’assume. Rares sont les séries dans laquelle les personnages principaux sont des femmes et, qui plus est, âgées de plus de 25 ans. Ses créateurs, Graeme Manson et John Fawcett, dressent des portraits de femmes complexes, attachantes et indépendantes. Pour leur donner du relief, ils n’hésitent pas à entrecouper le récit de flashs-back et à consacrer un épisode entier à un personnage, à l’instar de la cinquième saison dans laquelle le troisième épisode est centré sur Alison et le septième épisode sur Rachel. Outre son positionnement féministe, « Orphan Black » œuvre pour la représentation des LGBT+ par le biais de deux de ses personnages principaux, Cosima et Felix (Jordan Gavaris). Ce choix est régulièrement salué par la fan base de la série – le Clone Club – et les acteurs se félicitent de pouvoir ainsi véhiculer un message positif et optimiste à leur audience.

Tout en insistant sur l’individualité des sestras, la série met en avant la force décuplée que celles-ci possèdent lorsqu’elles sont ensemble. Cette unité est indispensable pour combattre efficacement leur créateur, l’entreprise scientifique Neolution, qui les prive de leur liberté et de leur autonomie. Pour les scénaristes, cet ennemi tentaculaire est une aubaine puisqu’il s’agit d’une source presque inépuisable de rebondissements. Neolution est comparable à une hydre dont la tête repousse chaque fois qu’elle est coupée. Les méchants se succèdent ainsi jusqu’à ce qu’apparaisse enfin P.T. Westmoreland (Stephen McHattie), dont l’ego surdimensionné et la quête d’immortalité sont à l’origine de tous les maux des sestras. Il est la cause de cette ambiance malsaine si anxiogène, caractérisée par des mensonges, des non-dits et des manipulations qui étouffent peu à peu les personnages.

Pointant du doigt les dérives égoïstes et mégalomanes de la science, « Orphan Black » rappelle souvent la série « Helix » dans laquelle des scientifiques s’adonnent à de dangereuses expériences dans un centre de recherche en Arctique. Le slogan de cette série, « Play God, pay the price. », s’abat d’ailleurs sur Neolution.

Les créateurs Graeme Manson et John Fawcett ayant volontairement clôturé « Orphan Black » au bout de cinq saisons, ils ont pu lui offrir la fin qu’ils souhaitaient et ils ont opté pour un happy end, préservant ainsi les sestras et ménageant notre cœur de spectateur meurtri par les morts terribles survenues dans les épisodes précédents. Après avoir expédié en à peine vingt minutes l’anéantissement de Neolution et l’accouchement d’Helena, le series finale opère un flash forward de trois mois et prend son temps pour dépeindre la nouvelle vie de notre grande famille enfin libre. Après cinq saisons d’une qualité constante, « Orphan Black » se termine sur le ton de l’émotion, saupoudré de cette petite dose d’humour qu’on lui connaît bien. C’est ainsi qu’Helena présente à ses sœurs ses mémoires, rassemblées dans un livre intitulé « Orphan Black », et essuie des moqueries sur ce nom étrange, tout comme les créateurs de la série avaient essuyé des railleries sur le nom de celle-ci.

Catégorie : Séries

Sous-catégorie : Thriller

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