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3 Billboards : les Panneaux de la Vengeance

Titre original : Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

Réalisé par : Martin McDonagh

Sortie : 17 January 2018

Ma note : 14/20

Ma critique :

Décidément, l’année 2018 commence bien pour les femmes au cinéma ! Après Jessica Chastain dans « Le Grand Jeu » et Meryl Streep dans « Pentagon Papers », c’est au tour de Frances McDormand d’occuper le rôle central d’un long-métrage. Dans « 3 Billboards : les Panneaux de la Vengence », l’actrice incarne Mildred Hayes, une mère courage qui remue ciel et terre pour faire avancer l’enquête sur l’assassinat de sa fille, survenu sept mois auparavant. Sa dernière idée : louer trois panneaux publicitaires géants – les fameux Billboards – et y faire inscrire un message provocateur à destination de la police locale.

La symbolique de ces trois panneaux est importante, elle ne se limite pas à la vengeance comme le titre français du film le laisse entendre. En y affichant son message tripartite, Mildred renonce à une forme de passivité, qui consistait à laisser la police faire son travail, et prend vigoureusement les choses en main. Elle enfile son bandana – symbole de sa combativité – et passe à l’action, au risque d’être considérée non plus comme une victime mais comme une provocatrice. Car ces panneaux sont bien perçus comme une provocation et c’est bientôt la petite ville d’Ebbing toute entière qui va se retourner contre elle. Frances McDormand incarne à la perfection cette femme meurtrie qui a touché le fond mais qui se relève à la force du chagrin pour partir en quête de justice. Déjà oscarisée pour son rôle dans « Fargo » en 1997, Frances McDormand tient peut-être là sa deuxième statuette.

A l’instar de Mildred Hayes, les personnages principaux de « 3 Billboards : les Panneaux de la Vengeance » sont admirablement bien écrits. Ils témoignent d’un talent indéniable du scénariste et réalisateur du film, Martin McDonagh, qui parvient à insuffler à ses personnages profondeur, nuance et authenticité. C’est dans la zone grise située entre le bien et le mal que le scénariste puise son inspiration. Le meilleur personnage du film est certainement l’agent Dixon, magistralement incarné par Sam Rockwell, qui crève tout bonnement l’écran. L’acteur est renversant dans le rôle de ce policier qu’il serait injuste de réduire aux adjectifs violent, immature et alcoolique tant il est complexe. Paradoxalement, il est à la fois le personnage le plus brutal et le plus attachant. Aux côtés de Frances McDormand et Sam Rockwell, on retrouve avec plaisir plusieurs visages familiers. C’est le cas par exemple de Woody Harrelson, convaincant en chef de police intègre quelque peu dépassé par les événements. Rappelons qu’il incarnait déjà un policier dans la série déroutante « True Detective ». On retrouve également Peter Dinklage, le célèbre Tyrion Lannister de « Game of Thrones », ainsi que Caleb Landry Jones, qui nous a glacé le sang dans quelques scènes de « Get Out », et Zeljko Ivanek, présent dans à peu près toutes les séries américaines. Seul bémol dans ce casting aux petits oignons : Abbie Cornish, dont la prestation sonne faux dans cet environnement rural à l’air authentique.

« 3 Billboards : les Panneaux de la Vengeance » se déroule à Ebbing, une petite ville fictive du Missouri dont le nom signifie « déclin progressif ». On peut y voir une métaphore de la situation personnelle de Mildred Hayes depuis la mort de sa fille. Notons que les trois panneaux publicitaires ne sont pas placés dans la ville d’Ebbing, mais à sa sortie, comme s’ils constituaient un moyen pour Mildred Hayes de sortir la tête de l’eau après une longue période de déprime. L’atmosphère d’Ebbing, emplie de haine et de violence à tel point qu’aucun habitant n’est étonné de voir un policier défenestrer quelqu’un, rappelle souvent celle de Banshee, une petite ville fictive de Pennsylvanie où se déroule la série éponyme. Certaines scènes, comme celle de la location des Billboards, accentuent le trait : on se croirait presque dans un western. Les intimidations et altercations créent un climat hostile et pesant, souligné par la bande originale composée par Carter Burwell, déjà nommé aux Oscars en 2016 pour « Carol » et nommé de nouveau cette année pour son travail sur « 3 Billboards : les Panneaux de la Vengeance ». Les tambours et les airs folks de guitares acoustiques correspondent parfaitement à l’ambiance du film.

« 3 Billboards : les Panneaux de la Vengeance » est un drame dans lequel le scénariste et réalisateur Martin McDonagh a su insérer un humour noir savamment dosé. Cet humour cinglant est présent chez chaque personnage mais plus particulièrement chez Mildred Hayes. Pour le scénariste, cette dure à cuire désabusée est le parfait vecteur pour faire passer des messages aux spectateurs. Elle enchaîne les critiques, vis-à-vis de la police évidemment, mais aussi des médias et de l’Eglise qu’elle accuse d’être complice des agissements des prêtres pédophiles. Le film nous invite donc à réfléchir sur des sujets graves et s’achève sur une fin ouverte afin que nous poursuivions cette réflexion. Ce type de dénouement est plutôt rare au cinéma lorsqu’il s’agit d’enquêtes policières, il est donc déstabilisant. Mais on peut considérer qu’il est réaliste car toutes les affaires criminelles ne trouvent pas leur coupable, ou du moins pas tout de suite.

Catégorie : Films

Sous-catégorie : Drame

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